AAu pied de l'Erg Chebbi, Merzouga est un village récent posé sur une terre très ancienne : celle du Tafilalet, où Sijilmassa régnait sur les caravanes de l'or et d'où est partie la dynastie alaouite. Nomades, Gnaoua et chameliers y racontent encore cette histoire.
Il y a 9 000 à 10 000 ans, la région n'était pas un désert : le Sahara connaissait alors une période humide, avec végétation abondante et lacs. Les fossiles marins du Tafilalet, trilobites, ammonites et orthocères vieux de plusieurs centaines de millions d'années, rappellent qu'une mer recouvrait autrefois toute la zone.
L'erg Chebbi, la mer de dunes de Merzouga, s'étend sur une trentaine de kilomètres du nord au sud, en bordure de la grande plaine caillouteuse, la hamada.
Sijilmassa, la porte de l'or (VIIIe-XIVe siècle)
À une quarantaine de kilomètres au nord, dans l'oasis du Tafilalet près de l'actuelle Rissani, s'élevait Sijilmassa. Selon le géographe al-Bakri, elle est fondée au VIIIe siècle par des kharijites sufrites, après les révoltes berbères contre les Omeyyades ; la dynastie des Midrarides, issue de la tribu des Miknassa, s'y rend indépendante du califat abbasside dès 771.
Terminus nord de la grande route transsaharienne, Sijilmassa devient l'une des places commerciales les plus riches du Maghreb : l'or du Soudan y est frappé en monnaie, et le voyageur Ibn Hawqal raconte au Xe siècle avoir vu une créance de 42 000 dinars, une somme dont il n'avait jamais entendu parler. Ses ruines s'étendent sur environ huit kilomètres le long de l'oued Ziz.
Fatimides, Almoravides et Almohades
Vers 905, Abd Allah al-Mahdi, futur fondateur du califat fatimide, se cache à Sijilmassa avec son fils ; emprisonné sur ordre de Bagdad, il est libéré en 909 par une armée venue d'Ifriqiya. Au Xe siècle, les Maghraoua, alliés de Cordoue, prennent la ville.
En 1055, Abdallah ibn Yassine, chef spirituel des Almoravides, s'empare de Sijilmassa : c'est leur toute première conquête, et la ville abrite leur premier atelier monétaire, le seul de l'empire de 1058 à 1100. Les Almohades la prennent en 1146, puis les Mérinides au XIIIe siècle. En 1352, Ibn Battouta y séjourne avant de traverser le désert vers l'empire du Mali, et vante ses dattes, meilleures selon lui que celles de Bassora.
Le berceau des Alaouites
Rissani, berceau des Alaouites
Au XIIIe siècle, des chorfa venus d'Arabie, descendants du Prophète, s'installent dans le Tafilalet. C'est de cette famille, les Filalis, qu'est issue la dynastie alaouite, qui règne toujours sur le Maroc. Son ancêtre éponyme, Moulay Ali Chérif, repose dans un mausolée à Rissani.
Au XVIIe siècle, les Alaouites partent du Tafilalet à la conquête du pays : Moulay Rachid prend Fès en 1666 et réunifie le Maroc. Sijilmassa, déjà en déclin depuis la fin du XIVe siècle, est abandonnée, et Rissani devient le centre de l'oasis.
Nomades, Légion et rallye (XXe-XXIe siècle)
Merzouga elle-même n'était qu'un point d'eau inhabité, étape des marchands vers Tombouctou et lieu de rassemblement des nomades Aït Atta et Aït Khebbach. Le Tafilalet résiste longtemps à la conquête française : les combats y durent de 1916 à 1932, et la Légion étrangère construit ensuite des postes fortifiés dans la région.
À partir des années 1990, auberges et camps se multiplient au pied des dunes. Dans la nuit du 26 mai 2006, une crue soudaine détruit environ 140 maisons et hôtels, fait trois morts et déplace 1 200 personnes. Depuis 2010, le Merzouga Rally attire des pilotes du monde entier, et en 2024 le lac saisonnier Yasmina s'est de nouveau rempli après de fortes pluies.
— II —
CHAPITRE III
Les dates
757
Sijilmassa, la cité caravanière du Tafilalet, est fondée à une cinquantaine de kilomètres.
1631
La dynastie alaouite s'élève dans le Tafilalet.
— III —
CHAPITRE IV
Lieux marquants
1
L'Erg Chebbi
Une vingtaine de kilomètres de dunes orangées dont les plus hautes approchent les 150 m. Montez sur une crête avant l'aube : la couleur change à chaque minute, de l'ocre au rose.
2
Khamlia, le village des Gnaoua
Habité par des descendants de populations venues d'Afrique subsaharienne, ce hameau perpétue la musique gnaoua. Les musiciens accueillent les visiteurs autour d'un thé, au son des qraqeb et du guembri.
3
Dayet Srij
Un lac saisonnier au pied des dunes. Après de bonnes pluies, il se remplit et attire flamants roses et oiseaux migrateurs ; le reste du temps, c'est une plaine craquelée.
4
Rissani et Sijilmassa
À 40 km au nord : le grand souk de Rissani (mardi, jeudi et dimanche), le mausolée de Moulay Ali Chérif et les ruines de Sijilmassa, simples murs de terre au milieu des palmiers.
— IV —
CHAPITRE V
Personnages
IIbn Battuta1304–1377Le grand voyageur tangérois passe par Sijilmassa en 1352 en route vers l'empire du Mali.
MMoulay Ali Chérif†1659Chef chérifien du Tafilalet, ancêtre éponyme de la dynastie alaouite ; son mausolée est à Rissani.
MMoulay Rachid1631–1672Né au Tafilalet, premier sultan alaouite à régner sur tout le Maroc, à partir de 1666.
— V —
CHAPITRE VI
Culture et traditions
La nuit au bivouac
On rejoint le camp à dos de dromadaire en fin d'après-midi. Après le tajine, les tambours résonnent autour du feu, puis vient le silence et un ciel sans aucune lumière artificielle, où la Voie lactée se voit à l'œil nu.
Les fossiles du Tafilalet
Il y a des centaines de millions d'années, la région était sous la mer. Trilobites, ammonites et orthocères affleurent dans la roche ; ateliers et carrières d'Erfoud les taillent et les polissent.
La tradition nomade berbère est vivante ici — les guides sont souvent issus de familles qui parcourent le désert depuis des générations. Les caravanes de chameaux (dromadaires) restent une réalité pratique, pas seulement une attraction touristique. La musique traditionnelle autour du feu — tambours, guembri et chants en répons — est un divertissement berbère authentique. Le festival de Taragalte célèbre chaque année la culture nomade.
— VI —
CHAPITRE VII
Les habitants
Nomades, Aït Khebbach et Gnaoua
Les habitants viennent de la tribu amazighe des Aït Khebbach, longtemps nomade, et de familles gnaoua, descendants d'esclaves venus d'Afrique de l'Ouest, installées à Khamlia. Beaucoup de guides de dunes sont fils de nomades et connaissent l'erg par cœur.
Les langues du désert
On y parle surtout le tamazight du Sud-Est et la darija ; les guides se débrouillent souvent en français, anglais et espagnol appris auprès des voyageurs.
— VII —
CHAPITRE VIII
À table
La medfounaLa « pizza berbère » de Rissani : un pain farci de viande hachée, d'œufs, d'oignons et d'épices, cuit dans un four en terre ou sous le sable chaud.
01Les plus hautes dunes de l'erg Chebbi dépassent 150 mètres.
02Une légende locale dit que Dieu créa l'erg pour punir une famille riche qui avait refusé l'hospitalité à une pauvre femme et son fils.
03Le Rallye Dakar est passé plusieurs fois par les dunes de Merzouga.
— IX —
Questions fréquentes sur Merzouga
Combien de jours faut-il pour visiter Merzouga ?
Comptez 2–3 jours pour découvrir Merzouga sans vous presser. C'est la durée que nous retenons dans nos itinéraires.
Quelle est la meilleure période pour visiter Merzouga ?
Les meilleurs mois pour Merzouga sont octobre, novembre, mars et avril.
Quel budget prévoir par jour à Merzouga ?
Par personne et par jour, hébergement compris : environ 60 € avec un petit budget, 150 € en confort et 400 € pour un séjour haut de gamme.
Comment aller à Merzouga ?
Pas de train. Bus CTM depuis Marrakech (9 h) et Fès (8 h). La plupart des visiteurs viennent en voiture ou en circuit organisé. Les taxis partagés depuis Rissani (45 min) sont l'option la moins chère.
Que voir à Merzouga ?
Les incontournables de Merzouga : Erg Chebbi au coucher du soleil, Nuit en camp dans le désert, Trek à dos de chameau et Lac salé de Dayet Srji.
Que manger à Merzouga ?
À goûter à Merzouga : Tajine de dromadaire, Khobz, Thé à la menthe et Oranges à la cannelle.
Où loger à Merzouga ?
Les quartiers à privilégier : Village de Merzouga et Hassi Labied.
Merzouga est-elle une destination sûre ?
Oui, Merzouga accueille chaque année de nombreux voyageurs. Les précautions sont celles de toute destination touristique : surveillez vos affaires dans la foule, déclinez poliment les faux guides, convenez du prix d'un taxi avant de monter.
Merzouga convient-elle aux familles ?
Oui, Merzouga se visite bien en famille.
Sources
Pour aller plus loin et vérifier ce que nous écrivons.