FFondée en 789 par Idriss Ier et agrandie par son fils Idriss II, Fès est la plus ancienne des villes impériales et le berceau de l'État marocain. Sa médina, Fès el-Bali, est l'une des plus grandes cités médiévales encore habitées au monde, sans voitures, avec al-Qarawiyyine en son cœur depuis 859.
En 789, Idriss Ier, descendant du Prophète qui a fui l'Arabie après une révolte manquée contre les Abbassides, fonde Madinat Fas sur la rive droite de l'oued, alors appelé Jawhar. En 809, son fils Idriss II bâtit une seconde ville, al-Aliya, sur la rive opposée, et y transfère sa capitale depuis Walili (Volubilis).
Les premiers habitants sont surtout amazighs, avec quelques centaines de cavaliers arabes venus de Kairouan qui forment l'entourage d'Idriss II. Fès est ainsi, dès l'origine, une ville double, séparée par une rivière.
Andalous et Kairouanais
la mosquée Qarawiyyin et ses savants
Après une révolte à Cordoue en 817-818, des familles andalouses chassées par l'émir al-Hakam Ier s'installent sur une rive. D'autres familles, venues de Kairouan, s'établissent sur l'autre. Les deux quartiers en gardent le nom : Adwat al-Andalus et Adwat al-Qarawiyyin.
C'est dans ce second quartier que Fatima al-Fihri, fille d'un riche marchand de Kairouan, fonde en 857 ou 859 la mosquée al-Qarawiyyin, qui deviendra un des plus grands centres de savoir du monde musulman. La ville compte aussi une importante communauté juive, installée près de l'actuelle Bab Guissa, et pendant un temps quelques chrétiens.
Entre Cordoue et les Fatimides (Xe-XIe siècle)
Après la mort d'Idriss II en 828, le royaume est partagé entre ses fils et s'affaiblit. Au Xe siècle, Fès devient l'enjeu de deux grandes puissances : le califat omeyyade de Cordoue et le califat fatimide d'Ifriqiya. Les Fatimides prennent la ville en 927 et chassent définitivement les Idrissides ; elle change ensuite plusieurs fois de mains.
À partir de 980 environ, Fès est gouvernée par les Maghraoua, des Zénètes alliés de Cordoue. L'émir Dounas ibn Hamama (1037-1049) crée une grande partie du réseau d'eau de la ville, qui fonctionne encore en partie aujourd'hui, ainsi que des hammams, des mosquées et les premiers ponts. Vers 1059-1061, deux frères rivaux règnent chacun sur une rive : leurs noms survivent dans deux portes, Bab Guissa au nord et Bab Ftouh au sud.
Almoravides et Almohades : une seule ville
Vers 1069-1070, Youssef ibn Tachfine prend Fès et réunit enfin les deux villes : il abat le mur qui les séparait, construit ou refait des ponts, entoure l'ensemble d'une nouvelle enceinte et bâtit une kasbah à l'ouest, près de l'actuelle Bab Boujloud. On le considère parfois comme le second fondateur de Fès, qui devient un centre réputé du droit malékite.
En 1145, le calife almohade Abd al-Moumen prend la ville après une résistance acharnée et fait raser ses remparts. Mais Fès est trop importante : Yaqoub al-Mansour ordonne de les reconstruire, et son successeur Mohammed an-Nasir les achève en 1204, avec le tracé que Fès el-Bali garde encore aujourd'hui. Au XIIe siècle, la ville compte peut-être 200 000 habitants, parmi les plus peuplées du monde.
L'âge d'or mérinide (1250-1465)
une médersa mérinide
En 1250, les Mérinides font de Fès leur capitale : c'est son âge d'or. Après une révolte en 1276, le sultan Abou Youssef Yaqoub fonde Fès el-Jdid, « Fès la neuve », comme centre administratif et militaire, avec le palais royal. Entre 1271 et 1357, sept médersas sont construites, dont Bou Inania et al-Attarine, parmi les plus beaux monuments de l'architecture marocaine.
Au XVe siècle, la communauté juive est transférée dans un nouveau quartier de Fès el-Jdid, le Mellah ; des sources juives le relient à la redécouverte du corps d'Idriss II en 1437, qui rend sacré le cœur de la ville. Après 1492 et 1496, des Juifs chassés d'Espagne et du Portugal rejoignent cette communauté.
Wattassides, Saadiens et Ottomans (1465-1666)
Une révolte renverse le dernier sultan mérinide en 1465. En 1472, les Wattassides, anciens vizirs des Mérinides, prennent le pouvoir depuis Fès. En janvier 1549, le sultan saadien Mohammed ech-Cheikh s'empare de la ville ; les Wattassides la reprennent en 1554 avec l'aide ottomane, mais pour quelques mois seulement.
En 1558, Abdallah al-Ghalib arrête une invasion ottomane à la bataille de l'oued al-Laban, au nord de Fès. Les Saadiens, installés à Marrakech, se méfient de la ville : ils l'entourent de forts, comme le Borj Nord, et ajoutent seulement les pavillons d'ablutions de la cour de la Qarawiyyin. Après la mort d'Ahmed al-Mansour en 1603, Fès devient l'enjeu de la guerre entre ses fils, qui dure jusqu'en 1627.
Les Alaouites (1666-1912)
Après une occupation par la zaouïa de Dila en 1641, Moulay Rachid, fondateur de la dynastie alaouite, prend Fès en 1666, la restaure et en refait la capitale ; il construit la médersa Cherratine en 1670. Son successeur Moulay Ismaïl lui préfère Meknès et accable la ville d'impôts. Après sa mort, Fès souffre de décennies de conflit avec la tribu militaire des Oudaya.
La paix revient avec Sidi Mohammed ben Abdallah (1757-1790), et Fès reste la capitale principale jusqu'au XXe siècle. En 1789, Ahmed at-Tijani s'y installe et fonde la confrérie Tijaniya, aujourd'hui répandue jusqu'en Afrique de l'Ouest. Le sultan Moulay Hassan Ier (1873-1894) relie enfin Fès el-Bali et Fès el-Jdid par un couloir fortifié où naissent le jardin Jnan Sbil et le palais Dar Batha. Jusqu'au XIXe siècle, Fès est la seule ville à fabriquer le fez.
Le traité de Fès et le XXe siècle
En 1907-1908, les oulémas de Fès, menés par Mohammed ben Abdelkebir al-Kettani, soutiennent Moulay Abd al-Hafid contre son frère Abd al-Aziz. Assiégé dans la ville par les tribus du Moyen Atlas en 1911, le sultan appelle la France : une colonne française arrive à Fès le 21 mai 1911.
Le 30 mars 1912, le traité de Fès place le Maroc sous protectorat français. Il provoque en avril les émeutes de Fès, durement réprimées. Le résident général Lyautey transfère la capitale administrative à Rabat et fait construire une ville nouvelle à côté de la médina, préservée comme patrimoine. Fès devient un foyer du mouvement nationaliste, et sa médina est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1981.
— II —
CHAPITRE III
Les dates
789
Idriss Ier fonde la ville sur la rive droite de l'oued Fès.
859
Fatima al-Fihriya fonde al-Qarawiyyine, souvent citée comme la plus ancienne université encore en activité.
1276
Les Mérinides bâtissent Fès el-Jdid, la nouvelle ville royale.
1981
La médina de Fès est inscrite à l'UNESCO.
— III —
CHAPITRE IV
Lieux marquants
1
Al-Qarawiyyine
Fondée en 859 et agrandie par les Almoravides, la mosquée-université abrite une bibliothèque parmi les plus anciennes du monde, restaurée et rouverte en 2016. L'intérieur est réservé aux musulmans, mais ses portes laissent voir la cour et ses fontaines.
2
La médersa Bou Inania
Bâtie par le sultan mérinide Abou Inan entre 1350 et 1357, c'est la seule médersa de Fès dotée d'un minaret. Bois de cèdre, stuc et zellige y atteignent un sommet de l'art mérinide ; en face, une horloge hydraulique du XIVe siècle, la Dar al-Magana, rythmait les prières.
3
La médersa Attarine
Achevée en 1325 près du souk des épiciers (attarine), elle est considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture mérinide, petite mais d'une densité décorative extraordinaire.
4
Bab Boujloud
La « porte bleue », entrée principale de la médina, a été construite en 1913 : bleu côté extérieur (la couleur de Fès), vert côté intérieur (la couleur de l'islam). Derrière elle s'ouvrent les deux grandes rues de la médina, Talâa Kebira et Talâa Seghira.
5
La tannerie Chouara
La plus célèbre des tanneries de Fès, où l'on traite les peaux depuis des siècles dans des cuves de pierre remplies de teintures végétales. On l'observe depuis les terrasses des maroquiniers voisins, un brin de menthe sous le nez.
6
La place et le musée Nejjarine
Autour d'une fontaine de zellige, un ancien fondouk (caravansérail) du XVIIIe siècle abrite le musée des Arts et Métiers du bois, avec une terrasse sur les toits de la médina.
7
Le Palais royal et le mellah
À Fès el-Jdid, les portes monumentales de cuivre du Dar el-Makhzen, restaurées au XXe siècle, ouvrent sur le palais royal. Juste à côté, le mellah garde ses maisons à balcons de bois, sa synagogue Ibn Danan et son cimetière blanc.
8
Les tombeaux mérinides
Ruines de mausolées du XIVe siècle sur la colline au nord de la médina : le meilleur point de vue sur Fès el-Bali, surtout au coucher du soleil, quand l'appel à la prière monte des centaines de minarets.
— IV —
CHAPITRE V
Personnages
IIdriss II791–828Fils d'Idriss Ier, véritable bâtisseur de Fès ; son mausolée, au cœur de la médina, est l'un des lieux les plus vénérés du pays.
FFatima al-Fihriya800–880Héritière d'un riche marchand de Kairouan, elle consacra sa fortune à fonder al-Qarawiyyine en 859.
MMaïmonide1138–1204Philosophe et médecin né à Cordoue, l'une des grandes figures de la pensée juive ; sa famille vécut à Fès dans les années 1160.
IIbn Khaldoun1332–1406Historien et penseur, auteur de la Muqaddima ; il servit à la cour mérinide de Fès dans les années 1350.
LLéon l'Africain (al-Hassan al-Wazzan)1494–1554Né à Grenade, élevé à Fès, diplomate puis captif à Rome, il écrivit une Description de l'Afrique qui fit référence en Europe pendant des siècles.
— V —
CHAPITRE VI
Culture et traditions
La capitale de l'artisanat
Zellige, dinanderie, broderie fassie, cuir, bois de cèdre : chaque métier a sa rue et ses maîtres, les maâlems, qui forment encore des apprentis à la main.
Musiques sacrées et andalouses
Fès est l'une des capitales de la musique arabo-andalouse (al-Âla) et du malhoun. Son Festival des musiques sacrées du monde, créé en 1994, fait dialoguer chaque année les traditions spirituelles.
Le moussem de Moulay Idriss II
Chaque année, les corporations d'artisans défilent jusqu'au mausolée du fondateur de la ville avec leurs offrandes : l'un des grands moments de la vie fassie.
Fès est la capitale du cuir au Maroc — la tannerie Chouara fonctionne sans interruption depuis le XIe siècle. La ville est réputée pour sa cuisine fassie (considérée comme la plus raffinée du Maroc), ses maîtres du zellige et sa tradition d'érudition islamique. Le Festival des musiques sacrées du monde attire des milliers de personnes chaque année. La broderie fassie traditionnelle emploie des motifs géométriques distinctifs au fil d'or.
— VI —
CHAPITRE VII
Les habitants
Les Fassis
Les familles fassies ont longtemps formé l'élite marchande, savante et politique du pays. On leur prête un goût du raffinement, de la cuisine sucrée-salée et des grandes cérémonies. Beaucoup de vieilles familles portent des noms andalous, souvenir de leurs ancêtres chassés d'Espagne.
L'accent de Fès
L'accent fassi est l'un des plus reconnaissables du Maroc : le « r » roulé à la gorge, presque comme un « gh », et le « q » souvent prononcé comme une attaque de gorge (« a » au lieu de « qal »). Les Marocains l'associent à la douceur et aux bonnes manières.
01La médina de Fès el-Bali est la plus grande zone urbaine sans voitures du monde.
02Le fez, le chapeau rouge, tient son nom de la ville, où l'on teignait sa laine.
03La bibliothèque de la Qarawiyyin, restaurée et rouverte en 2016, garde des manuscrits vieux de plus de mille ans.
— IX —
Questions fréquentes sur Fès
Combien de jours faut-il pour visiter Fès ?
Comptez 2–4 jours pour découvrir Fès sans vous presser. C'est la durée que nous retenons dans nos itinéraires.
Quelle est la meilleure période pour visiter Fès ?
Les meilleurs mois pour Fès sont mars, avril, mai, septembre et octobre.
Quel budget prévoir par jour à Fès ?
Par personne et par jour, hébergement compris : environ 35 € avec un petit budget, 90 € en confort et 250 € pour un séjour haut de gamme.
Comment aller à Fès ?
L'aéroport Fès-Saïss (FEZ) propose des vols directs depuis l'Europe. Le train relie Casablanca (4 h), Tanger (5 h), Marrakech (8 h). Les bus CTM desservent toutes les grandes villes.
Que voir à Fès ?
Les incontournables de Fès : Tannerie Chouara, Mosquée Al-Qaraouiyine, Médersa Bou Inania et Fontaine et musée Nejjarine.
Que manger à Fès ?
À goûter à Fès : Tajine marrakchi, Méchoui, Tajine de kefta et Pastilla au pigeon.
Où loger à Fès ?
Les quartiers à privilégier : Fès el-Bali, Fès el-Jdid et Ville Nouvelle.
Fès est-elle une destination sûre ?
Oui, Fès accueille chaque année de nombreux voyageurs. Les précautions sont celles de toute destination touristique : surveillez vos affaires dans la foule, déclinez poliment les faux guides, convenez du prix d'un taxi avant de monter.
Fès convient-elle aux familles ?
Oui, Fès se visite bien en famille.
Sources
Pour aller plus loin et vérifier ce que nous écrivons.