Une capitale du Souss très ancienne
La date de fondation de Taroudant est discutée. Certains chercheurs la placent avant l'islam, peut-être à l'époque où le commerce punique atteignait les côtes du Souss ; d'autres l'identifient à Vala, une ville de l'ancienne Maurétanie. La plupart des historiens s'accordent pour dire qu'elle a été fondée par les émirs des tribus Hachtouka et Jazoula.
Située au centre de la plaine du Souss, au croisement des routes qui relient le nord de l'Atlas au Sahara, elle est depuis toujours un pôle politique et commercial pour les tribus soussies.
Du royaume des Bajjali aux princes rebelles
Au XIe siècle, Taroudant est la capitale d'un petit royaume chiite, celui des Bajjali, en principe soumis aux califes fatimides. Les Almoravides l'annexent en 1056. Presque indépendante sous les Almohades, elle devient la capitale des princes Ben Yedder, qui règnent sur le Souss de 1252 à 1334.
Les Mérinides détruisent la ville en 1306, mais elle renaît aussitôt. Une communauté juive, sans doute installée dès le XIe siècle, y représente jusqu'à un dixième de la population et vit surtout du commerce caravanier ; le kabbaliste Moïse ben Maïmon Albas en est originaire.
Le berceau des Saadiens (XVIe siècle)
Au milieu du XVe siècle, la famille des Banou Zaydan, futurs Saadiens, s'installe près de Taroudant, à Tidsi, qui sert de base à son premier chef, Mohammed al-Qaïm, jusqu'en 1513. Taroudant connaît son apogée au XVIe siècle sous Mohammed ech-Cheikh, qui en fait une base pour ses attaques contre les Portugais d'Agadir.
La ville devient un grand centre caravanier, réputé pour son sucre, son coton et son riz. Le tracé actuel de ses remparts de pisé, longs d'environ sept kilomètres, date de cette époque saadienne.
Tazeroualt, Moulay Ismaïl et le sac de 1687
Au XVIIe siècle, le chef local Sidi Yahya aide depuis Taroudant le sultan saadien Moulay Zaydan contre le rebelle Abou Mahalli, qui avait pris Marrakech. Avec le déclin saadien, la ville passe sous la domination de la principauté du Tazeroualt, dont le chef avait emprisonné à Iligh Moulay Ali Chérif, ancêtre des Alaouites.
En 1687, la ville soutient le prétendant Ahmed ben Mehrez, neveu de Moulay Ismaïl. En représailles, le sultan fait massacrer une grande partie de la population. La fermeture du port d'Agadir en 1760 entraîne ensuite un long déclin, et la ville se replie derrière ses remparts.
Al-Hiba et le protectorat (1912-1917)
À la fin du XIXe siècle, Moulay Hassan Ier renforce son autorité sur la ville ; en 1903, le caïd Tayeb el-Goundafi y rétablit l'ordre. En 1912, Ahmed el-Hiba, fils du saint saharien Ma el-Aïnin, fait de Taroudant le centre de sa résistance au protectorat français, jusqu'en 1913.
La France ne contrôle vraiment la ville qu'en 1917. Haïda ou Mouis, des Oulad Berhil, en est nommé pacha jusqu'à sa mort au combat contre les tribus de l'Anti-Atlas, en 1917 ; son fils lui succède.