Dar el-Beida, petit port de l'Atlantique au XIXe siècle

LE LIVRE DE

Casablanca — Tout savoir sur Casablanca

الدار البيضاء

Histoire, lieux, personnages, culture et table de Casablanca, racontés par deux Marocains.

10 chapitres7 min de lecturePar Yassine et Issam
Que faire à Casablanca
SOMMAIRE · I
  1. I. En un regard
  2. II. Histoire
  3. III. Les dates
  4. IV. Lieux marquants
  5. V. Personnages
  6. VI. Culture et traditions
  7. VII. Les habitants
  8. VIII. À table
  9. IX. Le saviez-vous ?
  10. X. Questions fréquentes

CHAPITRE I

En un regard

Village berbère d'Anfa rasé par les Portugais, rebâti par un sultan au XVIIIe siècle sous le nom de Dar al-Beida, la « Maison blanche » est devenue en un siècle la plus grande ville du Maghreb : laboratoire de l'Art déco, berceau de la résistance et capitale économique du Maroc.

Nom arabe
الدار البيضاء
Autres noms
Anfa · Casa Branca · Dar el-Beida
Coordonnées
33.5731, -7.5898
Meilleurs mois
avr., mai, juin, sept., oct.

CHAPITRE II

Histoire

Anfa, la cité de la Tamesna

Le site est habité par des Berbères dès le VIIe siècle avant notre ère et sert de port aux Phéniciens puis aux Romains. Au XVIe siècle, Léon l'Africain décrit l'ancienne Anfa comme une grande ville de la Tamesna, liée au royaume des Berghouata, qu'il estime la plus prospère de la côte atlantique grâce à ses terres fertiles.

Le royaume berghouata reste indépendant jusqu'à sa conquête par les Almoravides en 1068. Après sa disparition, des tribus arabes hilaliennes et soulaymides s'installent dans la région et se mêlent aux Berbères. Sous les Mérinides, au XIVe siècle, Anfa devient un port important.

Casa Branca et Dar el-Beida (1468-1790)

Dar el-Beida rebâtie par Mohammed ben Abdallah
Dar el-Beida rebâtie par Mohammed ben Abdallah

Au XVe siècle, Anfa redevient indépendante et sert de refuge aux corsaires. En représailles, les Portugais la bombardent et la ruinent en 1468. Le petit bourg qui renaît porte un nom portugais : Casa Branca, « maison blanche ».

Entre 1756 et 1790, le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah reconstruit la ville et son port, sans doute après le départ des Portugais de Mazagan en 1769, pour fortifier la côte entre Rabat et El Jadida. Il lui donne le nom arabe de ad-Dar al-Beida, traduction de Casa Branca : c'est l'actuelle ancienne médina.

Le port de la laine et du thé

Au XIXe siècle, la ville grandit en exportant la laine des plaines voisines vers les filatures britanniques ; en retour, les navires anglais apportent le thé vert « gunpowder », qui devient la base du thé à la menthe marocain.

Casablanca compte environ 5 000 habitants dans les années 1860, 10 000 à la fin des années 1880, et environ 12 000 au début du XXe siècle : un port modeste, loin derrière Fès, Marrakech ou Essaouira.

Le bombardement de 1907

La conférence d'Algésiras (1906) confie à des officiers français les douanes du port et à une société française sa construction. En juin 1907, une voie ferrée est posée vers une carrière ; elle traverse le cimetière de Sidi Belyout. Des tribus de la Chaouia attaquent le train et tuent neuf ouvriers européens.

En août 1907, la marine française bombarde la ville et débarque des troupes. Le bilan est très lourd : de 600 à 3 000 Marocains tués selon les estimations, et le Mellah est pillé et incendié. Avec l'occupation d'Oujda quelques mois plus tôt, c'est le début de la conquête française du Maroc, officialisée par le traité de Fès en mars 1912.

La ville-champignon du protectorat

la ville nouvelle Art déco du protectorat
la ville nouvelle Art déco du protectorat

La France fait de Rabat la capitale administrative et de Casablanca la capitale économique. Lyautey confie à l'urbaniste Henri Prost le plan d'une ville nouvelle européenne hors de la médina, ainsi qu'une « nouvelle médina », le quartier des Habous, pour les Marocains venus d'autres villes. Le centre se couvre d'immeubles Art déco, et le port devient le premier du pays.

La population explose : de 12 000 habitants vers 1907 à 110 000 en 1921, en grande partie dans des bidonvilles, et les Européens forment près de la moitié des habitants. En 1937-1938, une épidémie de typhoïde sert de prétexte pour déplacer des Marocains du centre vers les Carrières centrales.

1942-1943 : la guerre et la conférence d'Anfa

Le 8 novembre 1942, les Américains du général Patton débarquent au Maroc lors de l'opération Torch. Casablanca, aux mains du régime de Vichy, tombe le 11 novembre ; la bataille navale se poursuit jusqu'au 16. L'aérodrome de Berrechid, devenu plus tard l'aéroport Mohammed V, sert de grande base américaine.

En janvier 1943, Churchill et Roosevelt se retrouvent à l'hôtel d'Anfa, avec les généraux de Gaulle et Giraud. Les Alliés y adoptent le principe de la « reddition sans conditions » de l'Axe. Roosevelt rencontre en privé le sultan Mohammed ben Youssef et se montre favorable à l'indépendance du Maroc après la guerre, ce qui encourage les nationalistes.

Vers l'indépendance (1947-1956)

Dans les années 1940 et 1950, Casablanca est un foyer de la lutte contre le protectorat. Le 7 avril 1947, à la veille du discours du sultan à Tanger, des tirailleurs de l'armée coloniale tuent des habitants de quartiers populaires. Les 7 et 8 décembre 1952, la ville se soulève après l'assassinat du syndicaliste tunisien Farhat Hached.

Après l'exil de Mohammed V le 20 août 1953, le résistant Mohammed Zerktouni organise l'attentat du Marché central le 25 décembre 1953. Le Maroc obtient son indépendance en 1956, et de grands boulevards de la ville portent aujourd'hui les noms de ces résistants.

La métropole du Maroc indépendant

En janvier 1961, Mohammed V reçoit à Casablanca des dirigeants africains, dont Nasser, Nkrumah et Modibo Keïta : c'est le « groupe de Casablanca ». La ville est aussi le principal point de départ des Juifs marocains qui émigrent, notamment entre 1961 et 1964. Elle connaît de graves émeutes en mars 1965 et en juin 1981, sévèrement réprimées.

La mosquée Hassan II, au minaret de 210 mètres, est inaugurée en 1993. En mars 2000, des dizaines de milliers de femmes y manifestent pour réformer le statut de la femme, réforme adoptée avec la nouvelle Moudawana en 2004. Le 16 mai 2003, des attentats-suicides font 33 morts parmi les civils. Casablanca rejoint en 2023 le réseau des villes créatives de l'UNESCO.

CHAPITRE III

Les dates

  1. 1468

    Les Portugais détruisent Anfa, alors port corsaire.

  2. 1770

    Le sultan Mohammed ben Abdallah reconstruit la ville : Dar el-Beida, « la maison blanche ».

  3. 1943

    Roosevelt et Churchill se réunissent à la conférence de Casablanca.

  4. 1993

    La mosquée Hassan II est inaugurée au-dessus de l'océan.

CHAPITRE IV

Lieux marquants

1

La mosquée Hassan II

Inaugurée en 1993, elle s'avance au-dessus de l'Atlantique ; son minaret de 210 m est l'un des plus hauts du monde. Elle accueille 25 000 fidèles à l'intérieur et des dizaines de milliers sur l'esplanade. C'est l'une des rares mosquées du Maroc ouvertes aux non-musulmans, en visite guidée.

2

Le centre Art déco

Autour du boulevard Mohammed V et de la place des Nations-Unies, des centaines d'immeubles des années 1920–1950 mêlent Art déco et motifs marocains : zellige, fer forgé, frises sculptées. L'ancienne cathédrale du Sacré-Cœur, toute blanche, est devenue un lieu culturel.

3

Le quartier des Habous

La « nouvelle médina » construite par les Français à partir de la fin des années 1910 : arcades, ruelles ordonnées, librairies, pâtisseries et le palais du pacha. On y achète olives, cuivres et cornes de gazelle dans une médina sans labyrinthe.

4

L'ancienne médina et la Corniche

La petite médina du XVIIIe siècle, adossée au port, garde ses remparts et la Sqala avec ses canons. Plus à l'ouest, la Corniche d'Aïn Diab aligne plages, cafés et le marabout de Sidi Abderrahmane, sur un îlot accessible à marée basse.

CHAPITRE V

Personnages

  • Sidi Mohammed ben Abdallah1710–1790Sultan alaouite qui refonde la ville vers 1770 et lui donne le nom de Dar al-Beida.
  • Mohammed Zerktouni1927–1954Figure de la résistance casablancaise ; arrêté en 1954, il se donne la mort pour ne pas parler. Un grand boulevard porte son nom.
  • Nass El Ghiwane1971Groupe né au Hay Mohammadi au début des années 1970 : il a fait de la musique populaire et du gnaoua une voix de la jeunesse marocaine.

CHAPITRE VI

Culture et traditions

Raja contre Wydad

Le derby de Casablanca, entre le Wydad (fondé en 1937) et le Raja (1949), est l'un des plus fervents d'Afrique. Les tifos des deux virages, rouge contre vert, se préparent pendant des semaines.

Une ville de tous les Marocs

Arrivés du Souss, du Rif, de la Chaouia ou du Sahara, les Casablancais ont inventé une darija rapide, pleine de mots français et espagnols. C'est ici que naissent les modes, le rap marocain et les nouvelles adresses.

Le quartier de Casa-Anfa accueille l'industrie de la mode marocaine. La scène créative de la ville — galeries, salles de musique, street art — est la plus dynamique du pays. La Corniche en bord d'océan est le cœur social de la ville le week-end. La médina, bien que moins spectaculaire que celles de Fès ou Marrakech, conserve une vie de quartier authentique.

CHAPITRE VII

Les habitants

Les Bidaouis

Casablanca s'est construite avec des migrants de tout le Maroc, venus des campagnes de Doukkala, de Chaouia, du Souss ou du Rif depuis un siècle. Les Bidaouis ont la réputation d'être pressés, directs et entreprenants : c'est la capitale économique, où l'on vient « chercher sa vie ».

La darija de Casa

La darija casablancaise, rapide et pleine d'argot et de mots français, s'est imposée comme la darija « standard » du pays grâce à la télévision, au rap et aux réseaux sociaux.

CHAPITRE VIII

À table

Poissons du marché centralAu marché central, on choisit sa dorade, ses crevettes ou ses oursins à l'étal, puis on les fait griller dans les petites gargotes voisines.
La maakoudaBeignets de pomme de terre au cumin glissés dans un pain avec harissa : le sandwich des snacks casablancais, à toute heure.

CHAPITRE IX

Le saviez-vous ?

  • Le minaret de la mosquée Hassan II mesure 210 mètres, l'un des plus hauts du monde.
  • Le film « Casablanca » (1942) a été tourné entièrement en studio à Hollywood.
  • Le derby Raja-Wydad est l'un des matchs de football les plus suivis et les plus spectaculaires d'Afrique.

Questions fréquentes sur Casablanca

Combien de jours faut-il pour visiter Casablanca ?

Comptez 1–2 jours pour découvrir Casablanca sans vous presser. C'est la durée que nous retenons dans nos itinéraires.

Quelle est la meilleure période pour visiter Casablanca ?

Les meilleurs mois pour Casablanca sont avril, mai, juin, septembre et octobre.

Quel budget prévoir par jour à Casablanca ?

Par personne et par jour, hébergement compris : environ 50 € avec un petit budget, 120 € en confort et 400 € pour un séjour haut de gamme.

Comment aller à Casablanca ?

L'aéroport Mohammed V (CMN) est la principale plateforme du Maroc, avec des vols dans le monde entier. TGV vers Marrakech (2 h 20), Rabat (1 h), Tanger (2 h 10). Bien desservie par train et bus vers toutes les villes.

Que voir à Casablanca ?

Les incontournables de Casablanca : Mosquée Hassan II, Quartier Art déco, Morocco Mall et Corniche.

Que manger à Casablanca ?

À goûter à Casablanca : Tajine marrakchi, Tajine de kefta, Merguez grillées et Zaalouk.

Où loger à Casablanca ?

Les quartiers à privilégier : Ville Nouvelle, Anfa et Corniche / Aïn Diab.

Casablanca est-elle une destination sûre ?

Oui, Casablanca accueille chaque année de nombreux voyageurs. Les précautions sont celles de toute destination touristique : surveillez vos affaires dans la foule, déclinez poliment les faux guides, convenez du prix d'un taxi avant de monter.

Casablanca convient-elle aux familles ?

Oui, Casablanca se visite bien en famille.

Sources

Pour aller plus loin et vérifier ce que nous écrivons.

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FIN DU LIVRE

Maintenant, allez voir Casablanca.

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