ÀÀ 14 km de l'Europe, Tanger est la porte de l'Afrique. Comptoir phénicien, capitale romaine de la Maurétanie tingitane, ville portugaise puis anglaise, elle fut de 1923 à 1956 une zone internationale qui attira écrivains, peintres et espions du monde entier. Aujourd'hui, son port Tanger Med est l'un des plus grands de la Méditerranée.
Tanger est fondée comme comptoir phénicien, sans doute dès le VIIIe siècle avant notre ère. Dès le VIe siècle, les tombes berbères des environs contiennent des bijoux puniques, signe d'un commerce intense, et Carthage en fait un port important au Ve siècle. La ville garde longtemps ses traditions phéniciennes : sous les rois maurétaniens, elle frappe des monnaies en écriture punique.
Les Grecs l'appellent Tingis et racontent sa légende : Tingé, veuve du géant Antée, aurait eu d'Hercule un fils, Sufax, qui fonda la ville en son honneur. Sous l'empereur Claude, Tingis devient colonie romaine et capitale de la province de Maurétanie tingitane. En 298, deux chrétiens, saint Marcel et saint Cassien, y sont décapités pendant la Grande Persécution.
Vandales, Byzantins et conquête arabe (429-740)
En 429, des dizaines de milliers de Vandales, menés par Genséric, passent d'Espagne en Afrique et occupent Tingis. En 533, le général byzantin Bélisaire la reprend pour l'empereur Justinien, mais l'administration s'installe à Septem (Ceuta), plus facile à défendre.
La ville tombe au terme d'un siège mené par Moussa ibn Noussayr entre 707 et 711. C'est depuis Tanger que son lieutenant Tariq ibn Ziyad lance en 711 la conquête de l'Espagne. La ville devient la capitale du Maghreb extrême pour les Omeyyades, mais les lourds tributs imposés aux Berbères provoquent la grande révolte de 740 : Maysara al-Matghari prend Tanger, et la « bataille des Nobles », livrée près de la ville, décime l'aristocratie arabe d'Afrique du Nord.
Entre dynasties marocaines (790-1471)
Idriss Ier passe par Tanger avant de fonder son royaume et prend la ville vers 790. Au Xe siècle, elle est disputée entre le califat de Cordoue et les Fatimides ; Cordoue s'en empare en 949. Les Almoravides la prennent en 1077, puis les Almohades en 1147, sous lesquels son port est très actif. Les Mérinides doivent l'assiéger trois mois, en 1274, pour obtenir sa soumission.
C'est dans cette Tanger mérinide que naît en 1304 Ibn Battouta, qui part à vingt ans pour La Mecque et voyagera près de trente ans, de la Chine au Mali. À la fin du XIVe siècle, des corsaires de Tanger et de Salé commencent à harceler les navires dans le détroit.
Portugais puis Anglais (1471-1684)
Tanger anglaise et le môle (1662-1684)
Après avoir pris Ceuta en 1415, les Portugais échouent devant Tanger en 1437, 1458 et 1464, puis l'occupent sans combat le 28 août 1471, la garnison ayant fui à la nouvelle de la chute d'Asilah. Ils transforment la grande mosquée en cathédrale. En 1661, la ville est donnée au roi d'Angleterre Charles II dans la dot de Catherine de Bragance.
Les Anglais, sans cesse attaqués par les moudjahidines de Khadir Ghaïlan, perdent environ 470 hommes dans une embuscade le 4 mai 1664. Ils construisent un môle de 438 mètres pour en faire un grand port militaire, au prix d'un gaspillage énorme. Après le siège de Moulay Ismaïl (1678-1680), le Parlement renonce : les Anglais détruisent la ville et le port pendant cinq mois et partent ; le Maroc reprend Tanger le 7 février 1684.
La ville des diplomates (XVIIIe-XIXe siècle)
Repeuplée par les gouverneurs Ali ben Abdallah et son fils Ahmed, Tanger devient au XVIIIe siècle le siège diplomatique du Maroc. Les États-Unis y ouvrent leur premier consulat sous George Washington ; en 1821, le sultan Moulay Slimane leur offre une demeure, la future Légation américaine, premier bien du gouvernement américain à l'étranger.
La flotte française du prince de Joinville bombarde la ville le 6 août 1844, pendant la guerre franco-marocaine. Le révolutionnaire italien Garibaldi y vit en exil à partir de 1849. Dans les années 1870, toutes les ambassades et consulats étrangers sont à Tanger, qui compte alors environ 20 000 habitants, dont 400 étrangers.
Le coup de Tanger (1905)
En 1905, l'empereur allemand Guillaume II débarque à Tanger et se déclare favorable à l'indépendance du Maroc, contre les ambitions françaises : c'est la crise de Tanger, qui manque de provoquer une guerre. La conférence d'Algésiras, en 1906, y met fin en confiant la police et les douanes de la ville à un contrôle international.
La même année 1905, le sultan Abd al-Aziz fait fonder à Tanger le premier journal marocain, Lisan al-Maghrib. Avant la Première Guerre mondiale, la ville compte environ 40 000 habitants : la moitié musulmans, un quart juifs, un quart chrétiens européens, surtout des Espagnols.
La zone internationale (1923-1956)
la zone internationale (1923-1956)
Le traité de Fès de 1912 laisse le statut de Tanger en suspens. Une convention signée à Paris le 18 décembre 1923 crée la zone internationale de Tanger, administrée par la France, l'Espagne et le Royaume-Uni, puis l'Italie à partir de 1928. Sur 373 km², la ville devient un paradis fiscal et un refuge : républicains et nationalistes espagnols, juifs fuyant l'Allemagne nazie, dissidents marocains. Vers 1935, elle compte environ 50 000 habitants, dont 12 000 juifs.
L'Espagne de Franco occupe la ville le 14 juin 1940, jour de la chute de Paris, jusqu'au 11 octobre 1945. Le 9 avril 1947, le sultan Mohammed ben Youssef y prononce le discours de Tanger, qui réclame l'unité et l'indépendance du Maroc. En 1951, les partis nationalistes y signent le pacte du Front national.
Tanger marocaine
Réunis à Rabat en juillet 1952, les pays protecteurs acceptent d'abolir la zone, et Tanger rejoint le Maroc avec l'indépendance de 1956. Elle compte alors environ 40 000 musulmans, 31 000 chrétiens et 15 000 juifs.
Après des décennies de délaissement, la ville se transforme au XXIe siècle : ouverture du port Tanger Med en 2007, devenu l'un des plus grands ports à conteneurs de Méditerranée, arrivée du train à grande vitesse Al Boraq vers Rabat et Casablanca en 2018, rénovation de la médina et du port de Tanger Ville.
— II —
CHAPITRE III
Les dates
400 av. J.-C.
Tingis est un comptoir phénicien puis carthaginois.
1304
Naissance du voyageur Ibn Battuta.
1661–1684
Tanger est anglaise, dans la dot de Catherine de Bragance.
1923–1956
Zone internationale de Tanger.
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CHAPITRE IV
Lieux marquants
1
La kasbah et le musée de la Kasbah
Au sommet de la médina, le palais Dar el-Makhzen, bâti sous Moulay Ismaïl après le départ des Anglais, abrite le musée de la Kasbah et ses collections allant de la préhistoire à l'époque islamique. Depuis la place, vue sur le détroit et les côtes espagnoles.
2
Le Grand Socco et le Petit Socco
Le Grand Socco (place du 9-Avril-1947, date du discours de Mohammed V pour l'indépendance) relie la ville nouvelle à la médina ; au cœur de celle-ci, le Petit Socco et ses cafés furent le rendez-vous des écrivains de la zone internationale.
3
Les grottes d'Hercule et le cap Spartel
À l'ouest de la ville, là où l'Atlantique rencontre la Méditerranée, le phare du cap Spartel (1864) et les grottes d'Hercule, dont l'ouverture sur la mer dessine, dit-on, la carte de l'Afrique.
4
Le café Hafa
Ouvert en 1921, ce café en terrasses accrochées à la falaise sert depuis un siècle thé à la menthe et bissara face au détroit ; les Rolling Stones et Paul Bowles s'y sont assis.
5
La Légation américaine
Offert aux États-Unis par le sultan en 1821, c'est le premier bien diplomatique américain à l'étranger. Le Maroc avait été l'un des premiers pays à reconnaître l'indépendance américaine, en 1777.
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CHAPITRE V
Personnages
IIbn Battuta1304–1377Né à Tanger, il voyagea près de trente ans à travers l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Inde et la Chine, et dicta le récit de ses voyages, la Rihla.
TTariq ibn Ziyad670–720Gouverneur de Tanger, il franchit le détroit en 711 ; Gibraltar (Djebel Tariq, « la montagne de Tariq ») porte son nom.
MMohamed Choukri1935–2003Écrivain tangérois, auteur du Pain nu, récit autobiographique de son enfance misérable, traduit dans une quarantaine de langues.
PPaul Bowles1910–1999Écrivain et compositeur américain, installé à Tanger de 1947 à sa mort, auteur d'Un thé au Sahara ; il enregistra aussi les musiques traditionnelles marocaines.
HHenri Matisse1869–1954Le peintre y séjourna en 1912 et 1913 ; la lumière de Tanger transforma sa palette, de La Fenêtre à Tanger au Café marocain.
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CHAPITRE VI
Culture et traditions
Une ville de littérature
De Choukri à Bowles, de Burroughs à Jean Genet, Tanger a inspiré une littérature entière ; la librairie des Colonnes, ouverte en 1949, en garde la mémoire.
Musiques du Nord
La tradition andalouse et la tarab, la musique jbala des montagnes voisines, et le festival Tanjazz chaque automne.
L'héritage littéraire de la Beat Generation est profondément présent — les cafés où Burroughs et Bowles écrivaient existent toujours. Le marché aux antiquités du jeudi au Grand Socco reste un rituel local. La culture amazighe (berbère) rifaine est forte dans la région environnante. La musique andalouse propre à Tanger, le gharnati, est jouée lors d'événements culturels.
— VI —
CHAPITRE VII
Les habitants
Les Tanjaouis
Tanger a toujours été une ville de passage : familles jbala de la montagne, Rifains, anciens Espagnols, Anglais et Juifs séfarades y ont vécu ensemble. Les Tanjaouis en gardent une ouverture et une ironie qu'ils revendiquent, et un attachement viscéral à leur club, l'Ittihad de Tanger.
Une darija pleine d'espagnol
Le parler du Nord emprunte beaucoup à l'espagnol (« cuchara » pour cuillère, « semana » pour semaine) et la plupart des Tanjaouis parlent espagnol, souvent mieux que le français.
Le poisson du détroitEntre deux mers, Tanger mange le poisson du jour : sardines grillées, calmars, et le pageot du port de pêche.
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CHAPITRE IX
Le saviez-vous ?
01Ibn Battouta, le plus grand voyageur du Moyen Âge, est né à Tanger en 1304.
02De 1923 à 1956, Tanger fut une zone internationale gérée par plusieurs pays européens.
03Le port de Tanger Med, ouvert en 2007, est devenu l'un des plus grands ports à conteneurs de Méditerranée.
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Questions fréquentes sur Tanger
Combien de jours faut-il pour visiter Tanger ?
Comptez 1–3 jours pour découvrir Tanger sans vous presser. C'est la durée que nous retenons dans nos itinéraires.
Quelle est la meilleure période pour visiter Tanger ?
Les meilleurs mois pour Tanger sont avril, mai, juin, septembre et octobre.
Quel budget prévoir par jour à Tanger ?
Par personne et par jour, hébergement compris : environ 40 € avec un petit budget, 90 € en confort et 220 € pour un séjour haut de gamme.
Comment aller à Tanger ?
Aéroport Tanger-Ibn-Battouta (TNG) avec vols directs européens. La gare Tanger-Ville relie Casablanca (5 h 30), Fès (5 h), Rabat (3 h). Ferry vers Tarifa, Espagne (35 min).
Que voir à Tanger ?
Les incontournables de Tanger : Musée de la Kasbah, Cap Spartel, Grottes d'Hercule et Grand Socco.
Que manger à Tanger ?
À goûter à Tanger : Merguez grillées, Bissara, Sfenj et Maakouda.
Où loger à Tanger ?
Les quartiers à privilégier : Médina, Ville Nouvelle et Malabata.
Tanger est-elle une destination sûre ?
Oui, Tanger accueille chaque année de nombreux voyageurs. Les précautions sont celles de toute destination touristique : surveillez vos affaires dans la foule, déclinez poliment les faux guides, convenez du prix d'un taxi avant de monter.
Tanger convient-elle aux familles ?
Oui, Tanger se visite bien en famille.
Sources
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