FFondée vers 1070 par les Almoravides, Marrakech fut la capitale d'un empire qui s'étendait de l'Andalousie au Sahara. Elle a même donné son nom au pays dans bien des langues : « Morocco », « Marruecos » ou « Maroc » viennent de Marrakech. Almohades, Saadiens et Alaouites l'ont tour à tour embellie, jusqu'à la ville rouge d'aujourd'hui.
Bien avant Marrakech, la plaine du Haouz, au pied du Haut Atlas, était habitée par des paysans amazighs : on y a retrouvé de nombreux outils de pierre datant du Néolithique. Au XIe siècle, la grande ville de la région n'était pas Marrakech mais Aghmat, au pied de la montagne, capitale du Haouz.
La plaine avait un atout : l'eau qui descend de l'Atlas. C'est elle qui permettra plus tard aux souverains de creuser des khettaras, ces galeries souterraines qui amènent l'eau sur des kilomètres, et d'irriguer de très grands jardins.
La fondation almoravide (vers 1070)
Marrakech est fondée par Abou Bakr ibn Omar, chef des Almoravides, un mouvement de réforme religieuse né chez les nomades sanhaja du Sahara. Les chroniqueurs ne sont pas d'accord sur la date : 1062 selon Ibn Abi Zar et Ibn Khaldoun, 1078 selon al-Idrissi. Les historiens retiennent le plus souvent 1070.
Son cousin Youssef ibn Tachfine en fait la capitale d'un empire immense, du Sénégal au centre de l'Espagne. Les premiers bâtiments s'élèvent près de l'actuelle Koutoubia : des mosquées et une résidence fortifiée, le Ksar al-Hajar. Devant ses portes s'étend une place publique, la Rahbat al-Ksar : c'est l'ancêtre de Jemaa el-Fna. Les grands souks se développent entre cette place et la mosquée principale, là où ils se trouvent encore aujourd'hui.
Capitale d'un empire
Sous les Almoravides, Marrakech devient un carrefour entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne. Youssef ibn Tachfine y frappe monnaie et fait venir l'or et l'argent par caravanes. La ville remplace Aghmat comme centre du Haouz.
Son fils Ali ibn Youssef construit la grande mosquée Ben Youssef entre 1120 et 1132, entoure la ville de remparts pour la première fois en 1126-1127 et développe les khettaras. Des artisans venus de Cordoue et de Séville apportent le style andalou, avec ses coupoles sculptées et ses arcs polylobés, qui se mêle aux traditions du Sahara : c'est la naissance d'une architecture propre à Marrakech. De cette époque il reste la petite Qoubba almoravide, l'un des rares monuments almoravides encore debout.
Les Almohades et la Koutoubia (1147-1269)
la Koutoubia en construction sous les Almohades
En 1125, le prédicateur Ibn Toumert s'installe à Tinmel, dans l'Atlas, et fonde le mouvement almohade, appuyé sur les tribus masmouda. Un premier siège de Marrakech échoue en 1130 ; Ibn Toumert meurt la même année. Son successeur Abd al-Moumen prend la ville en 1147, après plusieurs mois de siège, et en fait sa capitale.
Les Almohades démolissent ou abandonnent les mosquées almoravides et fondent dès 1147 la Koutoubia. Abd al-Moumen crée les jardins de la Ménara en 1157 ; son successeur Abou Yaqoub Youssef lance ceux de l'Agdal. Yaqoub al-Mansour (1184-1199) bâtit la Kasbah, quartier du palais et du gouvernement, avec la porte Bab Agnaou. La ville attire savants et artistes d'al-Andalus, dont le philosophe Averroès de Cordoue.
Troubles, puis Fès capitale (1224-1500)
La mort du calife Youssef II en 1224 ouvre une période d'instabilité. Califes et prétendants prennent et reprennent la ville par la force. En 1226, le calife al-Mamoun, venu de Séville, s'en empare, fait massacrer des cheikhs almohades et renie publiquement la doctrine d'Ibn Toumert. À sa mort en 1232, les habitants évitent le pillage promis aux mercenaires en payant une rançon de 500 000 dinars.
En 1269, les Mérinides, une tribu zénète, conquièrent Marrakech. La ville reste importante mais perd son rang de capitale au profit de Fès et connaît un long déclin relatif ; au début du XVIe siècle, elle est aux mains des émirs Hintata.
L'âge d'or saadien (XVIe siècle)
le palais El Badi à l'âge d'or saadien
Au XVIe siècle, la dynastie saadienne, venue de la vallée du Drâa, refait de Marrakech la capitale du Maroc, sous les sultans Abdallah al-Ghalib puis Ahmed al-Mansour. Grâce aux richesses accumulées, notamment après la victoire des Trois Rois en 1578 et la conquête de Tombouctou en 1591, la ville se couvre de palais et ses vieux monuments sont restaurés.
Ahmed al-Mansour lance en 1578 le palais El Badi, « l'Incomparable », bâti avec des matériaux précieux dont du marbre d'Italie. Il y reçoit les ambassadeurs d'Espagne, d'Angleterre et de l'Empire ottoman. Les Saadiens construisent aussi la médersa Ben Youssef dans sa forme actuelle et leurs propres tombeaux, à côté de la mosquée de la Kasbah.
Alaouites et Sept Saints
Avec les Alaouites, au XVIIe siècle, la capitale part à Meknès sous Moulay Ismaïl, qui fait démonter une partie du palais El Badi pour ses propres constructions. Marrakech reste une ville impériale, où les sultans résident régulièrement.
C'est à la demande de Moulay Ismaïl que le savant Abou Ali al-Youssi fonde le pèlerinage des Sept Saints (sebaatou rijal), dont les tombeaux se visitent dans un ordre précis : Sidi Youssef ben Ali, le cadi Iyad, Sidi Bel Abbès, patron de la ville, Sidi Mohammed ben Slimane al-Jazouli, Sidi Abdelaziz Tebaa, Sidi Abdallah al-Ghazouani et l'imam as-Souhayli. Jusqu'en 1867, les chrétiens européens ne pouvaient entrer dans la ville qu'avec une autorisation du sultan.
De la Hafidiya au pacha Glaoui (1907-1956)
Au début du XXe siècle, le Maroc traverse une crise profonde. En 1907, les grands caïds du Sud proclament sultan à Marrakech Moulay Abd al-Hafid contre son frère Abd al-Aziz : c'est la Hafidiya. La même année, le médecin français Émile Mauchamp est tué dans la ville ; la France s'en sert de prétexte pour occuper Oujda.
Après le traité de protectorat du 30 mars 1912, Ahmed el-Hiba, venu du Sahara, entre à Marrakech, mais il est battu à Sidi Bou Othman en septembre 1912 et les troupes françaises prennent la ville. Thami el-Glaoui, le « seigneur de l'Atlas », en devient le pacha pendant presque tout le protectorat. Allié de la France, il participe en 1953 au complot qui exile Mohammed V. Le retour du roi en novembre 1955 met fin à son pouvoir ; l'indépendance est signée le 2 mars 1956.
Marrakech aujourd'hui
Après l'indépendance, Marrakech devient une destination mondiale. Dans les années 1960-1970, artistes et musiciens y affluent ; Yves Saint Laurent et Pierre Bergé rachètent en 1980 le jardin Majorelle. La médina est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1985, et la place Jemaa el-Fna est reconnue chef-d'œuvre du patrimoine oral en 2001.
La ville accueille de grands rendez-vous : la signature de l'accord de Marrakech qui crée l'Organisation mondiale du commerce, le 15 avril 1994, la COP22 sur le climat en novembre 2016, puis les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale en octobre 2023, un mois après le séisme d'Al Haouz du 8 septembre 2023, qui endommagea des monuments de la médina et ravagea les villages de l'Atlas.
— II —
CHAPITRE III
Les dates
1070
Les Almoravides fondent Marrakech pour en faire leur capitale.
1147
Les Almohades prennent la ville ; le minaret de la Koutoubia est achevé à la fin du siècle.
1578
Le sultan saadien Ahmed al-Mansour lance le palais El Badi.
1985
La médina est inscrite à l'UNESCO.
— III —
CHAPITRE IV
Lieux marquants
1
La Koutoubia
La grande mosquée almohade du XIIe siècle doit son nom aux libraires (koutoubiyine) qui tenaient boutique à ses pieds. Son minaret de 77 m, visible de toute la ville, est le repère de Marrakech ; une règle non écrite interdit d'ailleurs de construire plus haut que lui dans la médina.
2
La place Jemaa el-Fna
Le cœur battant de la ville. Le jour, vendeurs de jus d'orange, charmeurs de serpents et tatoueuses au henné ; le soir, les gargotes fument et les halqa, cercles de conteurs et de musiciens, se forment. C'est pour sauver cette tradition orale que l'UNESCO a créé en 2001 la notion de patrimoine immatériel.
3
La médersa Ben Youssef
La plus grande école coranique du Maroc, rebâtie par les Saadiens vers 1565. Autour de son bassin, zellige, stuc ciselé et cèdre sculpté couvrent chaque surface ; à l'étage, plus d'une centaine de minuscules cellules logeaient les étudiants.
4
Les tombeaux saadiens
La nécropole de la dynastie saadienne, avec la salle des Douze Colonnes en marbre de Carrare où repose Ahmed al-Mansour. Murés sous Moulay Ismaïl, les tombeaux ont dormi plus de deux siècles avant d'être redécouverts en 1917.
5
Le palais de la Bahia
Construit à la fin du XIXe siècle par les grands vizirs Si Moussa puis Ba Ahmed, la « Brillante » déploie ses cours, ses jardins plantés et ses plafonds peints sur près de huit hectares : un condensé de l'art de vivre marocain de l'époque.
6
Le palais El Badi
Lancé en 1578 par Ahmed al-Mansour avec l'or du Soudan et le marbre d'Italie, « l'Incomparable » fut démonté un siècle plus tard par Moulay Ismaïl. Il en reste d'immenses murs ocre, des bassins et des cigognes, et un panorama sur la médina depuis ses terrasses.
7
Le jardin Majorelle
Créé à partir des années 1920 par le peintre Jacques Majorelle autour de son atelier peint d'un bleu intense, devenu le « bleu Majorelle ». Yves Saint Laurent et Pierre Bergé le sauvent en 1980 ; le musée Yves Saint Laurent ouvre à côté en 2017.
8
Les remparts et Bab Agnaou
Près de vingt kilomètres de remparts en pisé rouge entourent la médina depuis les Almoravides. Bab Agnaou, porte almohade sculptée de grès bleuté, ouvrait autrefois sur la kasbah royale.
— IV —
CHAPITRE V
Personnages
YYoussef ibn Tachfine1009–1106Le grand souverain almoravide qui fit de Marrakech la capitale d'un empire allant du Sénégal à l'Andalousie.
YYacoub al-Mansour1160–1199Calife almohade, bâtisseur de la Koutoubia achevée et de la tour Hassan, protecteur des savants de son temps.
IIbn Rochd (Averroès)1126–1198Philosophe et médecin andalou, commentateur d'Aristote, appelé à la cour almohade ; il meurt à Marrakech en 1198.
SSidi Bel Abbès1130–1205Le saint patron de Marrakech, réputé pour sa charité envers les aveugles et les pauvres, premier des Sept Saints de la ville.
AAhmed al-Mansour1549–1603Sultan saadien, vainqueur de la bataille des Trois Rois, bâtisseur du palais El Badi et commanditaire de l'expédition vers Tombouctou.
YYves Saint Laurent1936–2008Le couturier, amoureux de la ville depuis 1966, qui sauva le jardin Majorelle ; ses cendres y ont été dispersées.
— V —
CHAPITRE VI
Culture et traditions
Les Sept Saints
Marrakech est placée sous la protection de sept saints (Sebaatou Rijal), dont les mausolées forment un pèlerinage à travers la médina. Le moussem qui les honore rythme encore la vie spirituelle de la ville.
La halqa, l'art du conteur
Sur Jemaa el-Fna, conteurs, musiciens gnaoua, acrobates et devins forment des cercles de spectateurs : la halqa. On y raconte encore les épopées et les contes en darija, transmis de bouche à oreille.
Souks et artisans
Chaque souk porte le nom de son métier : teinturiers, dinandiers, babouchiers, tisserands, ferronniers. Les tanneries de Bab Debbagh travaillent encore les peaux selon des méthodes ancestrales.
Festivals
Le Festival national des arts populaires, né en 1960, rassemble les troupes de tout le pays ; le Festival international du film, créé en 2001, attire chaque année le cinéma mondial.
La ville est réputée pour ses traditions artisanales vivantes : fabrication du zellige, travail du cuir dans les tanneries, forge des lanternes en laiton et sculpture du bois ciselée. Le rituel du hammam est central dans la vie quotidienne. Chaque jeudi soir, les artistes du henné se rassemblent près du palais de la Bahia. La tradition musicale gnawa — enracinée dans les pratiques spirituelles subsahariennes — reste vivante sur les places de la médina.
— VI —
CHAPITRE VII
Les habitants
Les Marrakchis
Les Marrakchis ont la réputation d'être les plus drôles du Maroc : la nokta, la blague rapide, est un art local, et les conteurs de Jemaa el-Fna en sont les héritiers. La ville mêle familles arabes, amazighes venues de l'Atlas et du Souss, et descendants de la communauté juive du Mellah.
Le parler marrakchi
La darija de Marrakech se reconnaît à son débit rapide, à ses voyelles traînantes et à quelques mots bien à elle. On entend aussi beaucoup le tachelhit, la langue amazighe du Sud, dans les souks et les quartiers.
01La place Jemaa el-Fna est inscrite par l'UNESCO comme chef-d'œuvre du patrimoine oral de l'humanité, depuis 2001.
02Le minaret de la Koutoubia a servi de modèle à la Giralda de Séville et à la tour Hassan de Rabat.
03On appelle Marrakech « la ville ocre » : une règle impose encore cette couleur aux façades.
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Questions fréquentes sur Marrakech
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Quelle est la meilleure période pour visiter Marrakech ?
Les meilleurs mois pour Marrakech sont mars, avril, octobre et novembre.
Quel budget prévoir par jour à Marrakech ?
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Comment aller à Marrakech ?
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Que voir à Marrakech ?
Les incontournables de Marrakech : Jemaa el-Fna, Mosquée de la Koutoubia, Palais de la Bahia et Tombeaux saadiens.
Que manger à Marrakech ?
À goûter à Marrakech : Tajine marrakchi, Méchoui, Tajine de kefta et Pastilla au pigeon.
Où loger à Marrakech ?
Les quartiers à privilégier : Médina, Guéliz et Mellah.
Marrakech est-elle une destination sûre ?
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Marrakech convient-elle aux familles ?
Oui, Marrakech se visite bien en famille.
Sources
Pour aller plus loin et vérifier ce que nous écrivons.